Faut-il nourrir les oiseaux en hiver ? Cette question, un brin provocatrice, devrait plutôt se décliner en «pourquoi nourrir les oiseaux ?» et «comment faut-il nourrir les oiseaux ?»

Commençons par le pourquoi, et nous verrons que suivant la disposition et la nature du jardin, le nourrissage peut être parfois utile, parfois superflu.

La plupart des oiseaux du jardin (passereaux) qu’ils soient granivores ou insectivores ont besoin de se constituer une couche de graisse pour se protéger des basses températures (quoique le plumage soit plus efficace en terme d’isolation) mais aussi comme réserve d’énergie si la nourriture devenait subitement inaccessible à la suite de chute de neige par exemple.

Les mésanges qui ont privilégié une nourriture riches en protéines au cours du printemps et de l’été (insectes) vont dès le mois d’août commencer à inclure dans leur régime alimentaire des graines riches en lipides. A noter que les oiseaux migrateurs vont également se constituer des réserves de graisse qui seront en quelque sorte le carburant nécessaire à leur long périple.
Dans un environnement préservé et équilibré, les ressources en graines ne manquent pas (pas plus que les insectes au printemps) et le nourrissage est dans ce cas superflu. Revenons en quelques mots sur ce que signifie un environnement préservé et équilibré : dans nos régions de bocage, lorsque les haies ont été conservées, un grand nombre de plantes offrent à partir du mois d’août des fruits et des graines en profusion.


Vous connaissez le noisetier et je vous assure que la mésange n’a aucune difficulté à perforer la coque et à en extraire l’amande. Mais il y a également beaucoup de plantes qui nous paraissent insignifiantes et qui sont tout aussi indispensables à la survie des oiseaux (séneçon, mouron, plantain, …). Pensez-y lorsque vous arracherez ces herbes folles qui poussent au fond du jardin. La mésange continuera à se nourrir d’insectes tant que ceux-ci seront accessibles. La ronde des mésanges l’hiver dans les branchages d’une haie ne sont qu’une recherche effrénée d’insectes se cachant dans le creux des écorces.

A contrario, si votre jardin ou ceux qui entourent le vôtre ne sont que pelouses stériles entourées de haies de thuyas, les oiseaux ne pourront guère compter sur les ressources du milieu pour se nourrir. Le nourrissage comme un substitut se justifie alors. C’est malheureusement le cas de la plupart des jardins de ville ou de sa périphérie : charmant jardinet bien entretenu mais relativement pauvre en ressources. Dans l’absolu, si tous les jardins étaient entourés de haies bocagères et si des herbes sauvages étaient maintenues dans un coin du jardin, le nourrissage ne serait probablement pas nécessaire ou réservé à des conditions climatiques extrêmes.
Le nourrissage vient donc en compensation d’un milieu que nous avons dégradé. Je ne saurais que trop vous recommandé d’améliorer les ressources naturellement disponibles plutôt que d’investir dans la dernière mangeoire «grand luxe».

Maintenant que nous savons pourquoi nous devons (ou pas) nourrir les oiseaux, venons-en au "comment ?".

Ce chapitre justifierait un article à lui seul. J’évacue d’emblée la problématique des pies, des geais et des étourneaux qui viennent piller la nourriture que nous avions déposée à l’exclusivité de ces-si-gentilles-petites-mésanges ! Vous connaissez comme moi les astuces pour n’avoir que les mésanges à déjeuner : suspendre une boule de graisse au bout d’un fil. Néanmoins j’ai vu des pies, qui à l’aide de leur bec et de leurs pattes, remontaient vers elles la boule comme on tire un seau du puits. La boule arrivant à portée de bec, elle volait en éclat. Finalement, la pie avait bien mérité son festin.
Nourrir les oiseaux, c’est accepter de nourrir tous les animaux qui fréquentent le jardin : les désirés et les indésirables. Il n’est pas dit que les mésanges se plaignent de la présence d’étourneaux : ils seront les premiers à donner l’alarme vis-à-vis d’un épervier se faufilant entre les toits des maisons.

A propos du type de mangeoire, je n’ai pas de conseil particulier à donner. Il y a la mangeoire construite à partir d’une bouteille plastique munie d’un distributeur et les mangeoires très sophistiquées ressemblant à un petit chalet suisse. Verdier, pinson, rouge-gorge ou accenteur sont moins à l’aise dans les postures acrobatiques que les mésanges et préfèrent les mangeoires plateau. Les merles et les grives apprécient les pommes coupées par la moitié et laissées sur la pelouse. Ne pas oublier la boisson. Si votre jardin n’est pas équipé d’une mare, il est important que les oiseaux trouvent de l’eau tant pour boire que pour se baigner (même lorsque la température avoisine le 0 degré Celsius). Le récipient idéal est un grand dessous de pot peu profond. Celui-ci sera placé dans un endroit bien dégagé et l’eau devra être changée régulièrement.
L’emplacement choisi tant pour le point d’eau que pour la mangeoire, devra tenir compte de la sécurité des oiseaux vis-à-vis d’éventuel prédateur et en particulier des chats. Mieux vaut mettre la mangeoire éloignée de la maison si autour de cette dernière aucun lieu propice n’est disponible. Certes la tentation est grande de vouloir profiter du spectacle du ballet des oiseaux, confortablement installé dans le fauteuil du salon, ou de la fenêtre de la cuisine. Si cela est possible il ne faut pas se priver de ce plaisir, mais le message que je veux faire passer c’est qu’il ne faut pas mettre sa propre satisfaction devant le but du nourrissage hivernal : permettre aux oiseaux de survivre pendant ces mois difficiles.

Article : François Bourdet
Crédit Photo : Dominique Boucharel 

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